Préambule obligatoire : Premier geste du matin, café, ouverture de mail… Les réponses de Matthieu Paley et l’image choisie. Cette grand-mère d’ailleurs, aux rides impossibles, le regard sombre et le geste élégant. Le genre de photo qui vous donne envie de remiser vos boîtiers reflex une bonne fois pour toute. Ou de repartir illico en reportage… Une approche simple, une écriture photographique humaine et généreuse.

Polaroïd: Nom, âge et profession ?
MP: Matthieu Paley, 33 ans, photographe
P: Dans quelles conditions as-tu réalisé cette image ?
MP: En septembre 2001, près de la frontière Pakistan/Afghanistan/Chine. Avec un Nikon F100 et une diapositive Kodak 100. Cette vieille femme Wakhi du Nord Pakistan venait de traverser un pont suspendu qui se balance au vent, fait de morceaux de bois et de plein de trous. Le tout surplombant la rivière de Hunza d’une bonne cinquantaine de mètres. Elle rentrait chez elle. Nous venions de traverser et j’imaginais une grand-mère de mon pays faire la même chose… Impossible… Nous sommes des assistés bien trop loin de la nature.
P: Le portrait en reportage n’est jamais un acte anodin. Comment instaures-tu le « lien » ou le climat de confiance nécessaire avant de déclencher?
MP: Dans ce cas precis, je parles la langue de cette ethnie, la langue Wakhi. J’ai mis quelques mois à l’apprendre. C’est pour moi indispensable d’apprendre quelques mots, voire plus, pour mieux photographier ses sujets. Je lui ai lancée un “chizolé! Baf téa?”. Un sourire et je l’ai photographiée. Je savais qu’il n’y aurais aucun probleme, pas de viol d’image. Je connais tres bien les peuples reculés de cette region. Je sais comment ils bougent, les demarches et les attitudes à prendre. Ce que je peux me permettre. Comment anticiper une image… Les “lois” non-ecrites sont bien différentes qu’en Europe. Il m’a fallu du temps pour les comprendre…
P: Jamais de photo « volée » ?
MP: De temps en temps, mais un “volé” controlé autant que possible. Il faut savoir comment l’éviter. Il faut deux elements essentiels pour une bonne image: du temps et une comprehension minimum de l’âme humaine.
P: Conçois-tu la photographie sans le voyage? Et le voyage sans la photographie?
MP: Le voyage sans la rencontre humaine, impossible. Sans la photo, possible, mais il me manque quelque chose…
P: Pourquoi avoir choisi celle-ci ? Ton choix est guidé par le souvenir de l’instant, de la rencontre ou du résultat final?
MP: Pour sa réussite esthétique, un peu sombre.
P: As-t-elle eu une incidence sur la suite de ton travail ?
MP: Chaque belle image a une influence sur la suite de mon travail. Une belle image me motive, m’enrichit, me ressource.
P: Combien de déclenchement pour obtenir cette photo ?
MP: Un seul.
P: Savais-tu que celle-là était la bonne lors de la prise de vue ?
MP: Oui, Il y a des images qui sont des surprises mais celle-ci je l’ai vu venir. J’ai su qu’elle était bonne en la prenant.
P:As-tu retravaillé ton image après la prise de vue pour obtenir ce halo plus sombre?
MP: Non. La trouee dans le ciel est obtenue avec un filtre de ma confection qui est posée sur l’appareil. La diapo d’origine est exactement comme l’image. Même s’il m’arrive parfois de retoucher ensuite mes photos sous Photoshop.
P: Quels sont les reproches que tu pourrais t’infliger ? Que lui manque-t-elle pour atteindre une “pseudo” réussite à tes yeux ?
MP: J’aurais aimé utilisé un appareil format medium. Mais je n’en avais pas à l’époque.
P: A l’inverse, quels sont ses points de réussite ?
MP: L’aspect graphique (les lignes du pont, le bras, etc…), l’ambiance et le regard. Ca ressemble un peu à une scène de film. C’est le mélange que je recherche en permanence dans une image “documentaire”…
P: Y-a-il un discours ou une émotion particulière que tu souhaites faire passer ?
MP: La dureté de ces gens-la qui vivent parmi ces montagnes sublimes, leur dénuement.
P: Avec le recul, y décèles-tu une quelconque influence ?
MP: Un mélange d’influences mais pas une influence particulière. Quelque part entre Michaud et Ackerman… mais j’en suis bien loin, très loin…
P: Le choix du support (numérique, argentique, retouche …) a-t-il une incidence sur ton travail ?
MP: Oui, il ne faut pas que ça soit trop lourd, que ça ne pompe pas trop de batteries car je suis souvent loin de tout en reportage. Et je marche beaucoup. J’aime beaucoup le rendu du format medium en négatif, très pastel… C’est ça que je recherche, un effet un peu « passé ».
P: Dernière question, peux-tu nous donner l’adresse du site d’un photographe à découvrir ?
MP: Mmmm…. les photos du Karakoram des années 20/30 de Vittorio Sella, j’aime beaucoup… Le grain, le rendu “vintage” de ces images, des paysages du Karakoram que j’aime tant et qui me parlent! Il y en a quelque unes sur : http://www.panopt.com/images.php?a=10
Merci beaucoup Monsieur Paley.
Pour en découvrir plus www.paleyphoto.com
Merci de m’avoir fait découvrir ce photographe. Il y a de plus en plus de sites de photographes, et de photoblog, et c’est rare d’être “scotché” à ce point.
Bonne lecture de ton analyse, ça fait plaisir de sentir ton coup d’oeil. Très belle photo, elle fait froid dans le dos et dénote une atmoshère bien particulière, “pastel” comme tu dis!
Meilleurs voeux pour les “DéCLICS” 2007