Natalia M King - Flesh is speaking

PHONE GAME

Dès fois ça marche, dès fois ça marche moins bien. Natalia M. King au Ciel ce jeudi 24, l’interview tombait sous le sens. Et pourtant au final, des rendez-vous ratés, des questions en suspens mais tout de même pas mal de certitudes.

Rendez-vous raté. La faute à pas de chance, au speed de dernière minute, et ce même quand tout le monde y met du sien. Y a des semaines comme ça… Alors forcément les questions tombent un peu à plat pour étayer la livraison à rédiger. Ultime recours scénaristique, le flash-back s’impose. Retour 5 ans plus tôt lorsque Natalia M. King débarque dans notre télé du samedi, au hasard d’une défunte émission de Canal Plus menée par François Pécheux. Une équipe de tournage a croisé la route d’une trentenaire afro américaine à la voix d’or, guitare sèche en bandoulière. On la suit jouant dans le métro, dans la rue ou au fond d’un café-concert parisien anonyme. La jeune fille se révèle douée d’un talent et d’un charisme identifiable dès les premiers plans. On songe à Tracy Chapman lorsque la France d’alors succombe à la vague Ben Harper. L’équipe de l’émission s’attarde sur elle une semaine plus tard. On nous apprend que des décideurs attentifs étaient aussi devant leur poste. On la découvre ensuite le sourire jusqu’aux oreilles, prête à attaquer la première partie de Diana Krall à l’Olympia. Son nom écrit en lettres rouges sur le fronton. Le rêve est lancé. Universal Jazz lui ouvre ses portes, et pour une fois la télé a eu le nez creux et l’oreille affûtée.

L’AMERIQUE, L’AMERIQUE

Quelques temps plus tard parait Milagro (miracle en espagnol) et la première tournée fait une pause en périphérie de Grenoble. En interview, elle reviendra sur cette histoire avec des étoiles plein les yeux. Encore un peu surprise de ce soudain coup d’accélérateur en pleine période de rame. Une rencontre avec une artiste à l’humanité non feinte et dotée d’une vraie force au fond du regard. Un truc de ressenti, un peu subjectif. Partis à deux pour la rencontrer, nous étions tombés sous le charme lors de la discussion, glissant de ses multiples périples à sa venue à Paris, réputé pour son aura de terres d’accueil des musiciens noirs américains. De l’évocation du creuset de ses influences, gavées de jazz, de blues, de rock et de quelques chanteuses gospel. De ses convictions et de ses certitudes. D’autant que le concert qui suivit souligna un peu plus les évidences. Une formule rock minimaliste, pas de fioriture et un vrai sens de la scène. L’école du blues en trame de fond, et une pioche dans l’héritage folk-rock fin sixties. Un goût pour les digressions harmoniques, les improvisations parfois surprenantes et les détours évitant les chemins de la facilité. Avec en prime le sens de la scène. Le jeu de guitare avec les dents, la quête de sonorités à coups de baguettes de batterie sur ses six cordes. À la croisée des chemins empruntés par les Doors, Janis Joplin, Hendrix et les grandes voix noires. Une histoire simple,dans la lignée de celles que la France entretient depuis des décennies avec ces artistes prophètes ici sans l’être forcément chez eux. Notre coin d’Amérique à nous.
Crossroads
En 2002, le second album Fury and sound aurait pu sonner la fin du bal des certitudes. Un flirt pop avec un jazz-rock sombre, saturé et exigeant. Sa sortie bénéficie surtout de moins de tapage promotionnel que le conte de fée Milagro. Cette parution confirme pourtant un talent indéniable et de la volonté de Natalia de ne pas se laisser enfermer dans un registre trop étroit. Flesh is speaking est aujourd’hui présenté comme le disque de la maturité. Ce fameux cheminement artistique qui suit une valse à trois temps quasi immuable. Le premier découvre, le second doit confirmer et pour le troisième la maturité déboule. La première écoute pose des jalons en terrain connu. Une intro (Pop U) sur fond de guitare slide blues et d’harmonica un peu frêle. La voix claque, claire, forte et assurée. Une première borne avant de retrouver une chanson jazz redécouvrant ses racines africaines (évoquant Cassandra Wilson lorsqu’elle relit Robert Johnson), une virée ethnique proche du mantra, ou encore un exercice soul-rock électrifié. Les textes sont autobiographiques, intimes et esquissés entre des arpèges acoustiques, de soudaines montées électrisantes ou une batterie tribale. Lover’s blues clôt l’album comme il avait débuté. Une dernière boucle blues atypique et la promesse d’une transcription idéale pour la scène. Bref tout est là, même les réponses à des questions sans grande importance. Un dernier coup de téléphone un peu plus tard. L’article est bouclé, la voix est rassurante. «Je suis vraiment désolé, j’avais un concert et je suis rentrée à 3 heures. J’avais coupé le portable».

Natalia M. King / “Flesh is speaking”
(Universal Jazz)

tous droits réservés www.arno-b.com / Le Petit Bulletin

0 commentaires à “Natalia M King - Flesh is speaking”


  1. Pas de commentaires

Laisser un commentaire